Vendredi 6 novembre 2009
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Comme le disait un philosophe récemment dans Libération, il y a identité individuelle et identités collectives. L'identité individuelle, chacun s'en débrouille comme il peut malgré les homonymies,
les psys sont là pour nous aider quand c'est nécessaire. Quant aux identités collectives, c'est beaucoup plus complexe : il n'y en a jamais une seule et unique.
_ Les saintongeais ont leur Académie, les français la leur quai Conti et Jean Monnet se voulait avant tout européen ; il se disait même citoyen du monde... Toujours aussi
visionnaire.
_ Alors l'identité française ? Celle de Clovis et ses francs conquérant l'Ile de France, la terre gallo-romaine de Siagrius et imposant largement de nouvelles moeurs ? Que reste-t-il des
gaulois et des romains ? Beaucoup plus qu'on ne l'imagine...
Si on remonte moins loin dans le temps, l'identité que j'ai reçue en naissant par hasard dans ce pays et en la transmettant à mes deux fils, quelle est-elle ?
_ Est-ce celle des sans culottes à Valmy contre des émigrés cupides, celle des droits de l'homme instaurés par les révolutionnaires de 1789, celle de l'école laïque gratuite et obligatoire
instaurée par la Commune de Paris en mai 1871, bien avant la IIIème république ? Celle des courageux calaisiens qui accueillent aujourd'hui des jeunes venus du monde entier en respectant leur
dignité d'êtres humains ?
Ou celle de l'Etat FRANCAIS revalorisant la francisque, chassant les juifs de leur fonction en 1940, d'un Etat républicain envoyant les tirailleurs sénégalais devenir de la chair à canon en
14-18 et en 43-44 sans leur donner le droite de vote, refusant aux femmes le droit de vote jusqu'en 1946, guillotinant une avorteuse en 1942 et perpétuant la loi de 1920 jusqu'à 1975 ? Chassant
aujourd'hui des afghans menacés dans leur pays et tant d'autres cas dont j'ai honte ?
_ J'ai fait partie de ceux et celles qui ont bravé la loi dès 1973 en pratiquant des avortements illégaux et non clandestins avec le MLAC et notre action à plus de 30 000 a fait changer la loi avec
le coup de pouce de la courageuse Simone Weil.
_ J'ai renvoyé mon livret militaire en 1976 pour me désolidariser d'une armée qui voulait chasser de leurs terres les paysans du Larzac pour en faire un camp d'entraînement aux saveurs africaines
très coloniales.
_ Et j'en suis fier. Mon identité s'est construite dans ces engagements. Je n'ai nul besoin de l'arriviste Monsieur Besson pour me la définir. N'oublions jamais que De Gaulle traitait Jean Monnet
d'apatride ! Et que le culte du national mène au nationalisme.
Mais rassurez-vous, quand je regarde un match de foot, épreuve ludique et symbolique non violente, je me sens de ce peuple que je n'ai pas choisi, mais avec lequel s'est construit une étrange
réciprocité. Ce qui n'en exclut aucun autre.