Mercredi 4 avril 2007
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Comment réagir aux propos de Nicolas Sarkozy dans la revue philosophie magazine N°8 :
"Jinclinerais, pour ma part, à penser quon naît pédophile, et cest dailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce nest pas parce que leurs parents sen sont mal occupés, mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs certains développent un cancer, dautres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de linné est immense."
Une réponse à Nicolas Sarkozy :
LA VIEILLE OBSESSION DE LA NOUVELLE DROITE
Dans un dialogue avec Michel Onfray, publié par le journal « Philosophie magazine », Nicolas Sarkozy s'est dit convaincu d'une détermination génétique de la pédophilie et des tendances suicidaires. Un préjugé qui a le don d'ulcérer le plus célèbre de nos généticiens.
PAR AXEL KAHN
Depuis Herbert Spencer, contre Darwin, la théorie de l'évolution puis la génétique ont été pain bénit pour les dirigeants, les penseurs de la société libérale. Si la prospérité capitaliste s'avère incapable d'endiguer la violence et le désespoir, nul ne peut en imputer la cause aux désordres et aux excès engendrés par le système. Les gènes en sont responsables !
Depuis la fin du XIXe siècle jusqu'à nos jours, c'est cette antienne à laquelle on s'est référé pour justifier l'application de mesures eugénistes à différen limiter l'immigration de certaines ethnies aux Etats-Unis, pour expliquer les manifestations de violence dans les quartiers difficiles, pour disqualifier les programmes sociaux et pédagogiques en direction de certaines minorités visibles américaines définies comme constitutivement inaptes*. La médicalisation croissante des écoliers agités et inattentifs en Amérique du Nord, la proposition de mettre en place, dès l'âge de 3 ans, un programme de détection des facteurs de risque d'une dérive ultérieure vers la délinquance en France procèdent des mêmes a priori.
A l'évidence, ce préjugé est aussi à l'origine de la conviction affichée par Nicolas Sarkozy d'une détermination génétique de la pédophilie et des ten avec Michel Onfray dans le n° 8 de Philosophie Magazine). Cette conviction réaffirmée par le candidat de l'UMP à l'Elysée confirme ses liens idéologiques avec la nouvelle droite dont les vieilles idées sont ressassées sans interruption depuis plus d'un siècle, en particulier en Grande-Bre tagne et aux Etats-Unis d'Amérique.
Surfant sur la même cécité idéologique, on pouvait ainsi publier en 2005, dans la prestigieuse revue Science, que des modifications survenues au niveau de deux gènes il y a 30 000, puis 000 ans, avaient sans doute augmenté les capacités intellectuelles d'Homo sapiens. Ses innovations « heureuses » étaient présentes chez 85 % des personnes d'origine Européenne et asiatique et chez seulement 10 % des Africains et Afro-Américains noirs. Ces résultats, venant à l'appui des pires stéréotypes du racisme scientifique, apparaissaient d'emblée d'une incroyable faiblesse à tout lecteur impartial. Ils furent néanmoins loués par la grande presse du monde entier, avant que d'être définitivement démentis par de nombreuses équipes !
La vision d'un gène commandant un comportement complexe tels que ceux conduisant à l'agressivité et à la dépression est fausse. Une telle affirmation ne revient pas à nier l'influence des propriétés psychiques. Elle écarte, en revanche, le stéréotype réductionniste d'un déterminisme génétique du destin de chacun.
L'image qui émerge aujourd'hui est celle d'une variabilité de la réponse des êtres à leur environnement, notammentaux événements et agressions psychiques. Deux exemples aujourd'hui acceptés en témoignent. Ainsi, il y a une quinzaine d'années, une équipe néerlandaise avait l'inactivation du gène MAO-A conduisait les hommes affectés à la délinquance, notamment sexuelle. Des travaux ultérieurs ne devaient pas confirmer ces résultats. Cependant, au début des années 2000, l'influence de l'activité de ce gène put être précisée. Avoir été un enfant maltraité augmente beaucoup le risque de devenir soi-même violent et délinquant. Cependant, cette observation est surtout notée chez les sujets dont le gène MAO-A est peu actif. Les autres semblent plus résistants aux conséquences d'une maltraitance dans leur enfance. Le gène en cause apparaît donc de nature à sensibiliser les enfants aux risques psychogéniques d'une enfance difficile, et n'est pas en lui-même un « déterminant du crime ».
Une même observation a été faite en ce qui concerne le gène codant un recapteur de la sérotonine, un neuromédia essentiel à l'activité cérébrale. Une forme de ce gène augmente l'activité de recaptage, sans effet chez des personnes dont la vie a été sereine. En revanche, il semble accroître la fréquence avec laquelle de graves malheurs de la vie entraînent, chez les personnes qui en sont victimes, une dépression pouvant aller jusqu'au suicide.
La vision qui se dégage de ces deux exemples est celle de comportements individuels dépendant de l'histoire et de l'environnement psychique de chacun, et de sa réactivité propre à leur influence. Cette dernière est sans doute influencée par l'héritage génétique.
La responsabilité d'un candidat à de hautes fonctions de dirigeant de notre société est de militer en faveur d'un monde plus sûr, même pour les plus fragiles ; et non pas de s'exonérer par avance de ses échecs en les mettant sur le compte de la perversité des gènes
' La Courbe en cloche (The Bell Curve), de Richard Herrnstein, Charles Murray, Free Press, septembre 1994.
31 mars au 6 avril 2007 / Marianne 51